DEVOXX 2019 – Dynamique de groupe et structuration du temps en analyse transactionnelle

L’année 2019 se termine, cette conférence Dynamique de groupe et Structuration du temps en Analyse Transactionnelle aura été jouée à Agile France en 2018 (light version), à Xebicon en 2018 (light version), à Devoxx 2019 (extended version 3H) et enfin à Flowcon (extended version 2H).

Vous retrouverez ici la vidéo de Devoxx : https://www.youtube.com/watch?v=NML-yBkohYU

Et enfin le support final de la version extended :STRUCTURATION DU TEMPS ET DYNAMIQUE DE GROUPE MASTER FINAL EXTENDED VERSION

Merci à tous ceux qui m’ont fait la gentillesse de venir me voir, merci pour ces échanges, ces questions.

L’année prochaine, nous parlerons frontières, cohésion et leadership…Déjà dévoilé à Xebicon 2019 !

A très vite.

Kiss série – épisode 4 : La danse de l’apprentissage

Article écrit pour le blog de Xebia

Keep It Simple and Stupid. Chacun connaît l’acronyme du baiser. Et pourtant … Simplicité ne saurait s’apparenter à bêtise. C’est même tout l’inverse. “La simplicité est la sophistication suprême.” Léonard de Vinci.

Dans cette série d’articles, je vous propose de revenir sur des bases, des ateliers et outils agiles connus de tous, mais sous un format accessible, empreint de quotidien et de bon sens. Pour expliquer simplement les choses et donner à chacun le loisir de comprendre. L’intelligence, “inter” et “ligare” pour la racine latine, faire du lien entre. Car c’est bien de cela dont il s’agit : faire du lien entre ce que chacun sait, connaît, entrevoit, déjà dans sa vie personnelle et ce qu’il ou elle vit ou expérimente dans le monde professionnel. Un fossé en apparence : si peu en réalité.

Bon voyage !

AU MENU ?

Le psychologue américain Abraham Maslow, dont on retient souvent la pyramide des besoins ou ses travaux sur la motivation, serait aussi à l’origine d’un modèle en 4 étapes pour expliquer l’évolution de chacun lorsqu’il ou elle apprend une nouvelle compétence. Le débat fait rage entre les spécialistes comme ce modèle n’apparait pas explicitement dans les livres de Maslow. Le premier à l’avoir détaillé dans un ouvrage fut Martin M. Broadwell dans « the four levels of teaching » en Février 1969. Dans le cadre de cet article, j’en donne par souci de simplification la parenté à Maslow. Ce modèle peut s’avérer très utile à comprendre pour le coach, scrum master, manager, leader désireux d’accompagner des individus dans le cadre d’une transformation agile. Dans le cadre de cet article, par facilité, je ne retiendrai volontairement que le terme de coach.

Une fois encore, dans le cadre de cette série, je souhaite démontrer que l’agilité et la vie personnelle sont intimement liées. En cherchant à mieux comprendre le modèle de Maslow, pour mieux l’expliquer aux gens que j’accompagne, j’ai trouvé un exemple très à propos en mettant en perspective mon apprentissage de la danse contemporaine. Si Scrum et la danse reposent tous les deux sur un principe d’agilité, ils nécessitent aussi des apprentissages techniques, qui imposent précision et répétition.

Je vous propose donc de vous détailler ces quatre étapes, par le prisme de l’apprentissage de la danse pour illustrer la théorie simplement. Cet exemple vous permettra peut-être de donner une vision plus juste et une compréhension plus apaisée à vos interlocuteurs au moment d’aborder le changement induit par une transformation agile, comme ce modèle se préoccupe de l’individu et son processus d’apprentissage, plus que des étapes inhérentes au changement comme s’en soucient d’autres modèles (Kübler-Ross, par exemple).

Etape 1. Incompétence Inconsciente  – Je ne sais pas que je ne sais pas. Le choc et la brume.

A la danse – Le Constat

J’ai commencé la danse très tardivement. Ma plasticité neuronale n’était assurément pas celle d’un enfant. Lorsque j’ai passé la porte d’un cours de danse, je ne savais pas précisément à quoi m’attendre. Faute de base technique et donc de moyens, j’ai simplement regardé ce que faisait le professeur (la professeure pour relater avec justesse la réalité et que j’appellerai ici la coach). Tout me semblait littéralement intouchable. En tétanie au bout d’une demie heure, je pensais devoir m’acharner pour me construire une musculature. Je n’avais simplement pas compris que faute de respirer, même sous EPO, je n’irai pas loin.

A la danse – Ce qu’a fait la coach

A cette étape, ma coach m’a semblé ne pas faire grand chose. Rétrospectivement, je peux analyser autrement cette attitude. Elle s’est contentée de me motiver en m’encourageant. Elle a aussi veillé à ne pas rendre l’entraînement routinier, pour éviter un agacement ou un abandon courant à cette étape. Elle a axé le discours sur un objectif : si j’étais régulière, je pourrais accéder à un autre cours, d’un niveau plus avancé qui m’offrirait d’autres perspectives et davantage de richesse. Il me fallait simplement être patiente. Il était normal que je me sente dépassée. Rassurer, encourager et laisser le temps. Elle n’a pas fait plus que cela. Et ce faisant, elle a fait tout cela, simplement avec bon sens.(Et une formation, il faut tout de même le préciser).

Au bureau- Ce que je fais

En reprenant mon expérience professionnelle, je pense faire à peu près la même chose avec les gens que j’accompagne. Lorsque j’arrive sur une mission, je forme les gens à une méthodologie, souvent en Scrum. Il ne m’importe pas qu’ils comprennent immédiatement toutes les subtilités de la méthode et toute sa richesse, encore moins qu’ils soient experts immédiatement en agilité par delà les méthodes. Ce qui compte pour moi, au commencement, c’est de les motiver et les rassurer face à cette transformation qui arrive subitement, le plus souvent. Leur donner à comprendre que par ce changement, je tâcherai de leur donner de l’autonomie, de la maîtrise et du sens : autrement dit, les trois leviers de la motivation.

Durant les formations que je donne, je demande à ce qu’ils fassent un story mapping, un lean canva, un elevator pitch. Ce sont des exercices très difficiles. Je ne m’attends pas à ce qu’ils les réussissent parfaitement : ce qui compte à ce stade, c’est d’ouvrir sur la nouveauté, initier un changement de prisme et de perspectives. Je mets l’accent sur les réussites et j’encourage. Les gens pensent savoir, car après tout, ils travaillaient déjà avant mon arrivée. Tout comme moi je pensais savoir respirer avant d’aller danser. Je laisse le temps aux gens. Leur rythme dictera la musique, la mienne doit s’effacer.

Etape 2. Incompétence Consciente – Je sais que je ne sais pas. La prise de conscience.

A la danse – Le Constat

Après plusieurs semaines dans un relatif brouillard, je commençais à prendre conscience de mes limites physiques. En observant mieux la coach et faisant des recherches sur les techniques du relevé, je comprenais davantage les mécanismes. Mais l’écart entre ce que mon cerveau comprenait et ce que mon corps était alors capable de réaliser s’avérait immense. Cette phase fut une succession de frustrations et de doutes. Toutes mes lacunes me sautaient au visage, la comparaison avec les autres élèves s’avérait souvent cruelle et mon enthousiasme se muait le plus souvent en agacement contre moi-même. Méthodique et appliquée, je décidais cependant de ne pas renoncer et tentait inlassablement de refaire les exercices. J’ai commencé par chercher à acquérir le grand écart latéral, des deux côtés, ainsi que le facial. Je me disais que cet atout en poche, je pourrais accéder à davantage de combinatoires pour suivre in fine les chorégraphies proposées en cours. J’ai mis en place une stratégie au regard des sensations que je ressentais : j’avais une facilité pour la souplesse, une grande difficulté pour les tours. J’ai mis en place des astuces pour pallier mes lacunes : je n’arrivais pas à tourner? Qu’à cela ne tienne, j’avais la puissance pour faire illusion, et vaille que vaille, avec la vitesse, un petit pied ne se verrait pas.

A la danse – Ce qu’a fait la coach

La coach voyait assurément les petits pieds et les ruses que j’avais opérées. Cependant, comme tout bon leader, elle a commencé par tenir sa promesse. J’ai été admise dans le cours du niveau suivant, le débutant intermédiaire. Et quelques mois plus tard, l’intermédiaire avancé, pour même m’autoriser le cours ultime des avancés où se côtoient des personnes qui dansent depuis plus de 20 ans.

Choix étonnant sur le papier, qui ressemblerait fort à griller les étapes. Pourtant, avec le recul, cette stratégie était une fois de plus fort à propos. Pour garder la motivation intacte, il fallait assurément mesurer l’immensité du chemin qu’il restait à parcourir. En langage courant, on dirait qu’il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers. Il s’agissait en outre d’un encouragement ultime que d’autoriser l’accès à ces cours : derrière le geste, le message consistait à accorder la confiance et ce par la coach, incarnant la fonction du leadership.

En termes de conseils, ceux-ci ont été rares. C’est une phase d’expérimentation où les erreurs importent immensément, sans doute davantage que les réussites. J’en ai beaucoup voulu à ma coach de ne pas m’aider davantage et me conseiller plus. J’y ai vu parfois un signe de désintérêt et cette incompréhension a même parfois provoqué de la colère. Il y a pourtant dans certains silences un réel message bienveillant qui consiste à dire : je crois en ta capacité à comprendre par toi-même, tu es assez apte à faire sans moi et se tromper est nécessaire.

Au bureau- Ce que je fais

Si j’en reviens à mon expérience professionnelle, les premiers temps d’un accompagnement, suite aux formations, je laisse aussi les individus à même d’expérimenter des choses, tant elles sont nombreuses. Gardant en tête mon triangle de coaching, qui vise à assurer une protection tout en donnant la permission pour permettre aux individus de développer leur puissance, je tâche de sécuriser le cadre pour réellement leur permettre d’expérimenter un maximum. Certains ont souvent envie de changer la durée des sprints, mettre des heures sur des taches techniques, autant d’exemples avec lesquels je ne suis pas toujours en phase, mais je ne m’embarrasse pas de la pureté à ce stade, je sais que peu importe qu’on vous montre le chemin, car à cette étape, il vous faudra le parcourir vous-même.

Alors à l’image de ma coach en danse qui ne me laissait pas partir sur des grands jetés sans échauffement, pour sécuriser le cadre, mais me laissait expérimenter des sauts très peu académiques, très loin  aussi de la pureté visée, je laisse les gens faire des tentatives qui ne les mettent pas en danger. L’apprentissage réel et durable ne me semble être qu’à ce prix. Souvent, je prends le risque de ne pas me mettre en posture haute, quitte à déplaire aux gens que j’accompagne. Je donne mon avis et je propose évidemment, mais in fine, ils expérimentent toujours beaucoup et prennent le risque d’essayer. Je tâche de les assurer de ma confiance et leur répète inlassablement qu’échouer s’avère le meilleur moyen de réussir.

Etape 3. Compétence Consciente – Je sais que je sais. L’attention et la remise en cause.

A la danse – Le Constat

Il m’aura fallu quatre ans en danse, en partant de rien pour arriver à cette étape. Et pourtant celle-ci s’avérera la plus longue. Je dispose à présent de moyens pour suivre, grâce à mes observations et mon apprentissage technique obtenus à l’étape précédente. Malheureusement, cette étape va aussi être celle de la déconstruction. Pour tourner, il va me falloir accepter de ne plus placer des petits pieds parasites bien commodes, car à présent, je dois être capable de nettoyer mes gestes et pour cela, il va falloir sortir de ma zone de confort et me débarrasser de mes ancrages, qui m’ont permis de surmonter l’étape 2. C’est un moment difficile car on a alors le sentiment de régresser, mais aussi un moment passionnant car enfin, on s’approche d’une authenticité. Cependant, en cas de stress ou d’imprévus, les mécanismes de survie, autrement dit tous les ancrages parasites resurgissent. Le voyage ne fait que commencer. La concentration doit être maximale et l’apprentissage technique va alors pouvoir monter en complexité.

A la danse – Ce que fait la coach

La coach me reprend sur les détails qui semblaient anodins jusque là. Le bras qui ne raconte rien, le pied qui trahit l’intention, le regard qui ne se fixe pas au bon endroit et provoque une limite dans le corps, la vitesse qui se fait au détriment de la musique, la tension des épaules qui voulant aider au final ralentit le mouvement, autant de choses qui ont fait illusion un temps, ont même permis d’obtenir des résultats qui ont construit ma confiance en moi, mais qui , s’ils persistent, éloignent de la recherche d’excellence et de qualité.

Beaucoup de gens auront un mal immense à sortir de cette étape pour passer à la suivante, car elle nécessite de sortir d’une relative zone de confort, de lâcher prise et se montrer en défaut, une fois encore, alors même qu’on avait mis en place une multitude de garde-fous pour parvenir à ses fins, quels que soient les moyens.

Là encore, le rôle de ma coach n’est pas enviable, car le réflexe humain consiste à penser : « pourquoi ne me le dire que maintenant, à présent que je dois déconstruire, ne pouvais-tu pas m’aider à construire proprement dès le départ ? » Pour Abraham Maslow et pour ma coach la réponse est non. Et je partage cette réponse. Pour toutes les raisons que j’ai expliquées, il faut tout d’abord permettre à chacun de construire une base, fut-elle imparfaite, pour ensuite déconstruire le superficiel et le parasite. Car les fondations ont tout de même été posées, cette étape ne remet pas les compteurs à zéro, elle indique plus clairement la direction et refuse les compromis pour obtenir le meilleur.

Au bureau- Ce que je fais

Au travail, pour reprendre l’exemple du découpage en tâches techniques avec des heures ou des tailles de t-shirt, sujet qui fait rage parmi les spécialistes et dans lequel je ne rentrerai pas, il arrive toujours le moment où je dis aux équipes qui le font qu’il va falloir arrêter. Cela a sans doute fait du sens un temps pour eux, cela les a aidés à se rassurer, à se donner le courage de s’engager, à se parler, à collaborer ensemble, mais en vérité cela est aussi un parasitage dont on peut et dont on doit à présent se passer. Qu’ils conservent le découpage en tâches techniques si le coeur leur en dit car je trouve personnellement cette pratique plutôt saine tant elle permet l’échange, mais quant au chiffrage de ces tâches, au surplus en heures ou en jours, le référant ne doit être que la user story. Ceci n’est qu’un exemple, je pourrais en citer d’autres et je ne cherche pas à convaincre le lecteur du bien fondé du découpage en tâches techniques estimées : je cherche simplement à dire que j’adhère à ce que propose Maslow quant à la nécessité de nettoyer la pratique quand les gens sont aptes à le comprendre plus clairement.

En tant que coach, j’accepte les compromis pour respecter le rythme une fois encore que m’imposent les gens que j’accompagne. Mais je ne confonds pas accepter des compromis avec le fait de me compromettre. Chacun fera ses arbitrages alors sur ce qu’il ou elle estime acceptable de laisser faire aux gens, face à ce qui ne l’est pas. Là encore, le propos n’est pas là. Mais à n’en pas douter, imposer immédiatement l’excellence me semble une utopie qui interroge sur la démarche de coaching. Accompagner des individus ne signifie pas réussir pour soi-même : cela signifie leur donner les moyens de réussir par et pour eux-mêmes. La nuance mériterait à elle seule un article mais n’est ici pas le sujet.

Etape 4. Compétence Inconsciente – Je ne sais plus que je sais. L’automatisme et l’expertise.

A la danse – Le Constat

N’étant pas arrivée encore à cette étape, à l’issue de mes laborieuses 4 petites années, je dois me contenter de regarder les exemples de personnes devenues professeurs et qui viennent parfois prendre des cours avec ma coach. Ces personnes sont passées à un niveau d’expertise qui leur permet de réagir par automatismes. Elles ne se posent plus la question d’où mettre le regard, comment placer le bras pour raconter une histoire : le corps, l’action n’ont plus besoin du secours de l’analyse, autrement dit du cerveau. Danser est devenu aussi naturel que respirer au quotidien, ou marcher pour la plupart d’entre nous. Les mécanismes sont inconscients, mais le voyage jamais terminé. A cette étape, de nouvelles techniques, de nouvelles interprétations se présentent, et l’amélioration continue prend tout son sens.

A la danse – Ce que fait la coach

Passée en figure de mentor, l’échange peut alors se faire sur un pied d’égalité et davantage dans le questionnement pour ouvrir de nouvelles perspectives, que la coach n’accompagnera pas forcément. A de rares exceptions, parce qu’en danse l’univers de chacun résonne, beaucoup partiront découvrir d’autres espaces. Ceci ne signifie pas rupture mais évolution. (J’ai pour ma part pris un peu d’avance en commençant la pole dance contemporaine l’année dernière, pour enrichir mon univers d’un apprentissage différent et complémentaire, me semble-t-il.)

A ce stade, les professionnelles (je le mets au féminin car dans mon cas personnel, je n’ai vu que des femmes) qui viennent consulter ma coach ont simplement besoin d’un regard extérieur, pour les porter plus loin, leur poser la question qui leur donnera autant de réponses comme elles disposent à présent de très nombreuses clefs pour ouvrir de nouvelles portes et savent à défaut comment créer une clef. La figure du coach s’efface à ce stade, car l’individu est à présent libre de pouvoir se frayer son propre chemin. Le coach sera alors un alter ego, un pair, une écoute attentive, un agitateur, un aiguillon pour ne jamais cesser d’avancer sur le chemin qui mène à la perfection, jamais atteinte.

Au bureau- Ce que je fais

A ce stade d’autonomie, je fais souvent la préconisation de partir. C’est un moment délicat mais nécessaire. Ma présence n’est plus souhaitable, les gens que j’ai accompagnés, arrivés à ce niveau de maîtrise ont alors besoin d’espace. Le vaste monde de l’agilité leur tend les bras, et ils ne doivent plus se restreindre à l’aune de mon prisme personnel, qui sera forcément trop limitant pour eux. Voici donc venu le temps de célébrer le chemin parcouru, les remercier, les encourager une ultime fois, rappeler les fondamentaux, comme un dernier message de sagesse qui marque surtout la fin de cette histoire là, pour mieux en écrire une nouvelle à l’avenir, une plus belle et plus grande encore : la leur.

En conclusion

« Qui donne à temps, donne deux fois ».Yvan Krylov. L’apprentissage est un phénomène complexe, individuel, que l’agilité traite peu dans son aspect méthodologique. Pourtant, souvenons nous de notre vie personnelle : le sport ou l’instrument que nous avons appris, la manière dont nous éduquons nos enfants, celle avec laquelle nos parents, nos professeurs nous ont éduqués, nos relations d’amitié, tout est apprentissage et spontanément, naturellement, nous savons souvent comment nous y prendre, nous le percevons intuitivement. Au moment d’accompagner des individus dans le cadre d’une transformation professionnelle, agile mais pas seulement, souvenons-nous peut-être tout simplement de ce que nous savons déjà. Le coach alterne la danse des postures entre formateur, expert, coach ou encore mentor pour y parvenir : mon exemple prend alors ici tout son sens et pour cette fois-ci, la boucle est bouclée.

Pour la route

L’ouvrage  « the four levels of teaching » écrit en Février 1969 par Martin M. Broadwell.

L’ouvrage « The Dynamics of Life Skills Coaching » écrit par Paul R. Curtiss et Phillip W. Warren en 1973 et qui mentionne le modèle.

Ce modèle a été utilisé par le Gordon Training International et Noel Burch dans les années 70 : il était alors intitulé « four stages for learning any new skill ». 

Plus tardivement le modèle a souvent été attribué à Abraham Maslow bien que le débat fasse rage comme le modèle n’apparait pas dans les oeuvres majeures de Maslow.

Kiss Série – épisode 3 : piloter par la périmètre et la valeur

Article Original publié sur le blog de Xebia 

Keep It Simple and Stupid. Chacun connaît l’acronyme du baiser. Et pourtant … Simplicité ne saurait s’apparenter à bêtise. C’est même tout l’inverse. “La simplicité est la sophistication suprême.” Léonard de Vinci.

Dans cette série d’articles, je vous propose de revenir sur des bases, des ateliers et outils agiles connus de tous, mais sous un format accessible, empreint de quotidien et de bon sens. Pour expliquer simplement les choses et donner à chacun le loisir de comprendre. L’intelligence, “inter” et “ligare” pour la racine latine, faire du lien entre. Car c’est bien de cela dont il s’agit : faire du lien entre ce que chacun sait, connaît, entrevoit, déjà dans sa vie personnelle et ce qu’il ou elle vit ou expérimente dans le monde professionnel. Un fossé en apparence : si peu en réalité.

Bon voyage !

AU MENU ?

Expliquer simplement le changement de perspective proposé par l’agilité lorsqu’il s’agit de faire des choix. Avec l’agilité, le délai et le coût se veulent, idéalement, relativement fixes.

Je dis idéalement à dessein, tant en réalité chaque situation doit s’étudier à l’aune de son contexte spécifique, agilité ou pas.

Quant au délai, on part du postulat avec l’agilité qu’il convient de sortir rapidement du cône d’incertitude et voir dans le réel ce qui semble a priori faire du sens et délivrer de la valeur. Ceci étant dit, le concept de MVP au sens agile, que nous ne détaillerons volontairement pas ici, demeure toujours d’actualité. Pour déflorer immédiatement le sujet qui va suivre, si vous devez acheter du papier toilette au supermarché alors même que vous tournez furieusement dans le magasin depuis une heure, il y a fort à parier que vous referez cependant un tour de plus dans les rayons pour aller le chercher plutôt que de sortir sans votre butin. Et ce, même si la démarche vous coûte 10 minutes de plus.

Quant au budget, l’agilité ne refuse pas l’arrivée d’une manne providentielle ! Le miracle est toujours bon à prendre. Peut-être que plus simplement et de manière plus pragmatique, elle préfère cependant se souvenir que les éventuels nouveaux arrivants, financés par cet apport monétaire inattendu, auront besoin d’un temps d’adaptation quant à leur apprentissage et que cela ne saurait donc être une solution court-terme pour accélérer une mise en production imminente.

Au regard de tout ceci, l’agilité essaiera toujours de situer la négociation au niveau du périmètre, sortir de cette illusion délétère qui consiste à penser qu’il faut tout et tout de suite – maisjamais cependant au détriment de la qualité.

De l’épiphanie impromptue

Pendant longtemps en formation, je montrais ce schéma pour expliquer la différence entre Cycle en V et Agilité. Et pendant longtemps, j’ai vu des gens peu convaincus, tâchant de me persuader que cette logique n’était pas naturelle. Il fallait assurément ce fameux tout, toujours. Le temps et l’argent semblaient des concepts extensibles à l’envi. A l’aune d’une soirée où je devais retrouver mon conjoint pour faire le plein de courses pour la semaine au supermarché, l’épiphanie eut lieu. Après une heure au Auchan du centre commercial des 4 Temps à la Défense, trois anicroches avec mon conjoint, 157 calories de stress brûlées et 472 mètres parcourus dans les rayons, je savais comment présenter mieux les choses aux gens que je devrai former à l’avenir.

En voici le résultat. Je crois que les choix que mon conjoint et moi fîmes ce soir là s’avèrent relativement partagés par la plupart des individus dans notre situation. Je vous en laisse seuls juges.

De l’art de la métaphore venue du quotidien

Sur le chemin du retour, j’en suis venue à cette conclusion : mon conjoint et moi avions été agiles chez Auchan. Lâchés dans cette antre de la consommation, après une journée de travail, nous avions spontanément les mêmes repères en tête pour mener ce combat.

Le délai : le temps, la ressource précieuse

Ni mon conjoint, ni moi, n’avions l’intention de faire une nocturne chez Auchan. Un programme télévisuel (dont je tairai le nom par respect pour moi-même) nous attendait à la maison: à 20H45, nous entendions être posés dans le canapé. Pour y parvenir, nous savions donc, l’un et l’autre, que nous disposions d’une heure dans le supermarché. Ce délai n’était absolument pas négociable tant la vue des boites de conserve superposées dans les rayons ne pouvait concurrencer mon émission favorite. Quant à mon conjoint, la perspective de mon mécontentement si d’aventure nous manquions 15 minutes de cette émission, suffisait à lui donner un réel sentiment d’urgence.

Le coût : l’argent, la ressource nécessaire

Mon salaire avait été viré. Mon conjoint attendait des factures. Nous avions deux anniversaires nécessitant des cadeaux ce mois-ci. Là encore, sans nous concerter précisément ce soir là, nous savions le budget que nous souhaitions mettre pour une semaine de courses. Il est sensiblement toujours le même. Et comme la plupart des gens de nos âges, pour qui les années pâtes au ketchup s’éloignent, nous aimons manger correctement. C’est un choix, donc déjà un choix de priorités. Pour autant, il est assez clair que nous n’allions pas dépenser l’intégralité de mon salaire pour l’équivalent d’une semaine de courses.

Le périmètre et la qualité, le temps de l’échange

Sur ce sujet, chacun sa technique. Ma mère adopte celle du ratissage : elle passe dans chaque rayon et se souvient ainsi de ce dont elle a besoin. Ma grand-mère fonctionne avec une liste et va uniquement dans les rayons correspondants aux produits qu’elle cherche. Moi je ratisse. Et mon conjoint a une liste non exhaustive qui ressemble à un MVP. En vérité peu importe. Mais à de rares exceptions, je mets au défi quiconque de s’en tenir systématiquement à ce qu’il ou elle avait prévu ou imaginé. Ce soir en question, mon conjoint et moi ne faisions pas exception. Dans le caddie (qui couine, toujours celui-ci) mon conjoint avait disposé deux packs d’eau comme je fais beaucoup de sport. Il espérait ainsi ne pas avoir à en reprendre la semaine suivante et comptait sur ma présence pour en prendre un. En plus de tous les autres produits que nous avions déjà, il avait aussi mis la main sur plusieurs bouteilles de vin à un tarif visiblement concurrentiel selon l’avis d’une application mobile. Le temps filait. Le caddie rempli, nous vint en outre l’image de notre coffre de voiture: celui-ci est petit. En outre, bien qu’à l’unité les choses semblent d’un tarif raisonnable, la multiplication peut vite contrarier une carte bancaire.

Spontanément, nous avons donc fait le choix de reposer un pack d’eau. Pourtant, il n’a pas été question une seule seconde d’opter pour une autre marque d’eau que ma marque habituelle, les conditionnements des autres marques fussent-ils sensiblement plus petits. Non, simplement, nous avons convenu que, pour une semaine, un pack suffisait. La semaine suivante, j’aurais de surcroit peut-être envie d’une eau aromatisée. Quant au vin, car je sens le lecteur circonspect suite à notre décision sur l’eau, si l’application exhortait à en prendre plusieurs caisses au regard du prix, nous avons décidé de n’en prendre que deux bouteilles. Une à tester pour valider l’hypothèse et une à conserver si l’hypothèse s’avérait valide pour nous. Il serait bien temps, la semaine suivante, de voir si nous souhaitions en reprendre au regard des informations que nous aurions alors, ou si la vie nous offrirait une nouvelle joie incommensurable avec un vin encore plus exceptionnel pour un tarif encore plus incroyable. L’existence est une suite de surprises et le cône d’incertitude de plus en plus lumineux à mesure qu’on avance.

Les utilisateurs : une connaissance essentielle

Mon conjoint et moi avons un chien et deux chats. Je suis quasiment végétarienne, mon conjoint ne l’est pas. Je surveille les graisses et les calories, mon conjoint peut absorber la ration alimentaire d’un ours sans prendre un gramme. Nos choix chez Auchan ne se font pas uniquement à l’aune de nos souhaits personnels. Et par le passé, mon conjoint le déplorait lorsqu’il tentait de me convaincre de prendre 5 paquets de Kinder Pingui. Nous avons dû négocier pour arriver à placer sur notre MVP mensuel un seul paquet de Kinder Pingui, au coco. Et pour décider des meilleures friandises donner aux chats, nous n’avons pas demandé au chien et nous n’avons pas non plus goûté les Catisfaction. C’est donc le fruit d’un travail minutieux, consistant à tester sur chacun des utilisateurs félins les différentes croquettes friandises qui nous aura permis, avec le temps, d’arriver à cette conclusion : mon chat européen aime les Catisfaction au fromage, mon cocker anglais les aime aussi car finalement elle vole celles du chat, et la chatte norvégienne n’aime rien de tout cela et préfère le Royal Canin. Pour gagner du temps, de l’argent et viser la qualité ainsi que la satisfaction, connaître parfaitement ses utilisateurs s’avère un pré-requis : pour autant, ceci prend du temps.

En conclusion et pour la route

Il n’est pas toujours nécessaire de faire compliqué. Il est même rarement nécessaire de faire compliquéL’agilité est spontanée et naturelle pour la plupart d’entre nous. Nous avons simplement tendance à l’oublier.

 

Kiss Série – épisode 2 : La Value Stream Map

 

Article publié sur le blog de Xebia

Keep It Simple and Stupid. Chacun connaît l’acronyme du baiser. Et pourtant….Simplicité ne saurait s’apparenter à bêtise. C’est même tout l’inverse. “La simplicité est la sophistication suprême.” Léonard de Vinci.

Dans cette série d’articles, je vous propose de revenir sur des bases, des ateliers et outils agile connus de tous, mais sous un format accessible, emprunt de quotidien et de bon sens. Pour expliquer simplement les choses, et donner à chacun le loisir de comprendre. L’intelligence, “inter” et “ligare” pour la racine latine, faire du lien entre. Car c’est bien de cela dont il s’agit : faire du lien entre ce que chacun sait, connaît, entrevoit, déjà dans sa vie personnelle et ce qu’il ou elle vit ou expérimente dans le monde professionnel. Un fossé en apparence: si peu en réalité.

Bon voyage !

Au menu ? La Value Stream Map.

Dans le précédent et premier article de cette série, je vous parlais du story mapping. Cette fois, je m’intéresse à un autre incontournable parmi les outils agiles, sujet de terreur et de défiance, la Value Stream Map. Récemment, j’ai dû présenter le principe de la VSM à des C-Level managers pour expliciter ma démarche d’accompagnement dans le cadre d’une transformation agile. Ces personnes venaient de plusieurs pays, après s’être levés à l’aube pour sauter dans un avion, ils allaient passer quatre longues heures avec moi, à m’écouter parler d’agilité, de comment je proposais de littéralement bousculer toutes leurs habitudes et avec elles, leur quotidien. Une fois n’est pas coutume, j’ai souhaité faire preuve de compassion.

Plus sérieusement, j’ai exposé cette volonté de rendre cet exercice concret en l’ancrant dans le quotidien précité. Je remercie Olivier Beretti, Agile Transformation Leader chez mon client actuel, qui a oeuvré avec moi à mettre en place cet exemple. In fine, celui-ci a atteint son but et voici comment.

Acte 1. Basique

Il nous fallait tout d’abord trouver un exemple de la vie quotidienne, propice à illustrer ce qu’est une VSM. Autrement dit, un exemple de processus, regroupant différentes actions / activités (avec plus ou moins de valeur ajoutée) qui permettent de passer d’une idée à une sorte d’incrément produit livrant de la valeur.

L’heure avancée de la journée, la pluie et le changement d’heure furent vraisemblablement pour grande partie responsables de la suite, comme nous décidâmes de partir sur l’exemple des vacances. Me revint alors en mémoire quelques atermoiements sur ce processus complexe, qui laisse généralement les acteurs impliqués dans un état plus proche de l’arrêt maladie que de l’enthousiasme furieux à la perspective de s’acheter le Lonely Planet.

Acte 2. Tout va bien

Comme dans toute bonne VSM, nous avons décidé d’identifier tout d’abord les personnes impliquées : dans notre exemple, il serait simple comme nous décidions de ne considérer que les deux membres d’un couple, constitué d’une femme et d’un homme, qui allaient intervenir sur le processus. Ensuite, nous avons tâché de décrire les différentes activités permettant d’obtenir le précieux sésame du billet d’avion. Le billet d’avion pouvant alors ici s’assimiler à l’incrément produit. A chaque activité, nous avons associé son détail de sorte à être certains de considérer une réelle étape du processus. Et pour chaque activité, nous avons également consigné les critères de sortie, autrement dit, ce qui se matérialise concrètement dans le réel, comme incontournable, pour passer d’une activité à une autre. Restait alors à placer de quoi remplir le coût, autrement dit l’effort / la complexité / la difficulté associés à chaque activité, ainsi que la valeur, autrement dit le bénéfice, la satisfaction pour les acteurs, mais également à l’aune de notre objectif de tenir en main deux billets d’avion. En posant le coût et la valeur, nous serions alors en capacité de mesurer un retour sur investissement à chaque étape. (ROI, en anglais, pour les puristes qui regarderont le schéma associé plus bas). Pour faciliter le déroulé de l’exercice et tenir en une heure maximum, nous sommes arrivés en présentant ce processus aux participants. Ils allaient pouvoir en revanche débattre avec nous du coût et de la valeur.

Acte 3. Défaite de famille

A cette étape, prêtons une attention particulière à notre exemple. Au commencement, les choses vont plutôt bien.

L’activité Dates embarque monsieur et madame. Il convient de s’entendre tout d’abord, en couple sur le moment opportun pour poser des vacances, ce que nous n’avons pas matérialisé par un formalisme spécifique, puis de passer à l’étape professionnelle où, une fois les congés à disposition vérifiés, les collègues soudoyés à renfort de croissants et le manager convaincu des vertus du télétravail aux Maldives, il ne nous reste en critère de sortie que la validation dans l’outil de saisie des congés par le manager. Cette étape a été matérialisée par une pénibilité (coût) de 15 points (totalement au doigt mouillé sur une échelle de 0 à 100) tandis que la valeur, au sens bénéfice, à ce stade, a été évaluée à 10 par les participants (des congés en perspective, cela donne toujours un petit baume au coeur. Ne dites pas non, vous avez souri.)

L’activité Lieu embarque les mêmes acteurs et livre quant à elle évidement beaucoup de valeur, tant cette étape est propice au rêve et parfois, aux illusions. C’est du moins ainsi que les participants l’ont ressenti. Car de fait, dans le détail de l’activité, on retrouve ici le choix cornélien de prendre ou laisser les enfants, ainsi que le chien. Cependant, le ROI est ici positif, à la différence de l’activité précédente. Les critères de sortie sont, quant à eux, plus drastiques dans la mesure où ils sont corrélés à l’utilisation brutale de Facebook et son seuil de « like » minimum. Ce seuil a fait débat dans la mesure où le critère n’était pas compris par tous de la même manière (de l’importance de l’alignement) : 15 like semblent suffisant pour valider l’appétence collective quant au lieu choisi, mais l’usage des commentaires s’avère aussi un check-point non officiel pourtant très considéré par les participants. « Je vous déteste, vous avez trop de la chance », « C’est trop beau » + smiley coeur dans les yeux, « Tranquille la vie, t’as gagné au loto » arrivent dans le top 3 des commentaires qui permettraient officieusement de passer de l’activité Lieu à l’activité Voyageurs. Les critères de sortie, comme dans la vie professionnelle, sont parfois considérés selon le prisme de chacun. D’où l’interêt de s’entendre collectivement sur ceux-ci. Dans cet exemple, nous avons choisi d’en rester à 15 like pouce, coeur, colère-dégoût ou waou. Le smiley rire n’ayant pas été retenu comme critère de sortie.

L’activité Voyageurs va sceller définitivement le sort des enfants et du chien. Ces derniers n’iront pas aux Maldives. Il conviendra alors de prévoir les solutions de garde de ces acteurs, toujours sur un mode collaboratif entre les deux membres du couple. Le ROI de cette activité, souvent lourde de culpabilité fugace, s’avère négatif. Je constate que les participants sont en général assez alignés sur ces points : les vacances sont une occasion de passer du temps avec ses enfants, assurément les laisser à la maison s’avère douloureux. Mais la perspective d’une pina colada au bord d’une piscine apaise la douleur morale. Concomitamment, les critères de sortie sont assez formalistes dans la mesure où on fait appel à des tiers extérieurs pour valider les décisions du couple. Et ces acteurs, notamment dans le cas des grands-parents, ne sont pas furieusement convaincus par l’adaptation au changement. Sur ce point, les participants ont validé une expérience visiblement similaire pour le plus grand nombre.

L’activité Budget a, arbitrairement, été confiée à Monsieur, pour la seule raison que celui-ci avait fait un bac S. Monsieur va donc s’acquitter de différentes tâches allant du lancement d’un fichier Excel avec macros élaborées pour calculer le coût de la bière en Asie du Sud et regarder compulsivement les offres promotionnelles sur Go Voyage. Cette activité est passablement pénible pour Monsieur, qui n’en voit d’ailleurs pas réellement l’intérêt, tant il considère secrètement qu’il n’y aurait qu’à regarder la disponibilité de fonds sur le compte commun et s’en tenir à cela. Le ROI est d’ailleurs très représentatif du sentiment de solitude teinté de frustration, ressenti par monsieur. Une fois le solde du compte finalement vérifié à l’aune de la valeur du houblon, et sous réserve que le premier ne soit pas dans le rouge, Monsieur considère pouvoir passer le relai à Madame, qui s’est, quant à elle, vue confier l’exclusivité de gestion sur l’activité Réservation. Les participants ont souhaité charger lourdement cette activité en coût : chacun avait visiblement quelques souvenirs permettant de se projeter aisément dans l’exemple.

Malheureusement, et alors que cette activité de Réservation devrait apporter un maximum de bénéfice et donc de valeur, comme le processus touche à son but, le détail de cette activité fait froid dans le dos si bien que le ROI tombe à 0. Confrontée au réel, Madame réalise que les estimations de son conjoint sur le prix de la bière Tiger ne lui sont d’aucun secours. Les tarifs des voyages sur différents sites de réservations lui semblent totalement prohibitifs et elle ne retrouve pas le minimum vital à sa survie en vacances (MVP) qu’elle attendait personnellement dans l’Excel de Monsieur. Après des allers et retours sur ce sujet et entre ces deux activités Budget et Réservation, et entre les deux protagonistes, à l’aide d’envois de mails et sms incendiaires pendant les pauses déjeuners, Madame finira par réserver en Bourgogne. Les formules Excel indexées sur les bières serviront éventuellement l’année prochaine. Elle a reçu le mail de confirmation pour sa réservation, ce sera un Go Live pour Château Pommard.

Acte 4: La lumière

En regardant de plus près le processus, on constate immédiatement un étranglement, du gaspillage en temps et donc un ROI catastrophique sur l’activité Budget.

Pourquoi ne pas alors tenter un ajustement ? C’est ainsi que nous avons souhaité orienter la suite de l’atelier aux participants. En proposant un grooming, c’est à dire un affinage du budgetavec les deux membres du couple, autour d’un plateau TV collaboratif, on place immédiatement les estimations sous un angle plus réaliste. Madame souhaite un nouveau maillot de bain s’il s’agit de plage ? Qu’à cela ne tienne. La valeur des choses et leur priorité méritent souvent d’être discutées ensemble. Dans le cas de Madame, un nouveau maillot de bain lui permettra de relancer son compte Instagram et d’acquérir de nouveaux followers. Elle espère ainsi devenir ambassadrice d’une marque de prêt à porter pour enfants, et escompte alors réaliser des économies sur la garde-robe des leurs. La systémique se niche partout ! Monsieur souhaite quant à lui une Go Pro en avance de phase de Noël pour filmer les fonds marins. Il n’est pas très à l’aise avec la plongée et pour accompagner sa femme dans cette activité, il lui faut une source de motivation. Filmer leurs aventures aquatiques lui semble un réel bénéfice moral. On retrouve aussi des éléments récurrents, plus ou moins prioritaires, d’une année sur l’autre : la crème pour les cheveux, la coque pour l’iPhone… A chaque chose est associée une raison d’être, un « why ». Des éléments qu’on pourrait sans doute conserver en liste, d’une fois sur l’autre, de sorte à gagner du temps, s’entendre à date sur leur importance, leur urgence, et fluidifier le processus à l’avenir. Par la magie de Google Drive, le listing au format check list est crée et stocké sur les comptes Drive respectifs de Monsieur et Madame. La check list est donc cochée et validée ensemble, le plateau TV est terminé, on s’épargne un gaspillage de temps en disputes, incompréhensions et peurs inutiles. Le ROI sur les activités Grooming Budget et Budget reste améliorable mais il est meilleur que précédemment, on a fluidifié le flux et capitalisé sur un outil pour la prise en compte effective des coûts cachés. Monsieur pourra se reporter à ce tableau collaboratif pour vérifier les fonds du compte commun au moment opportun (le dernier moment responsable) comme il connaitra précisément le MVP pour les prochaines vacances. De nouvelles séances d’apéritif affinage pourront être envisagées en cas de changement du listing. Cette fois, d’ici quelques mois, c’est certain, ce sera enfin les Maldives.

Acte 5 : De la conclusion que j’en tire

Les principes qu’on souhaite enseigner avec cet atelier sont souvent les suivants : voir l’ensemble du systèmecréer du lien entre les genstravailler en équipepartager ensemble les difficultésfaire la chasse au gaspillageoptimiser le retour sur investissement. Via cet exemple, les participants ont eu l’opportunité, de manière ludique et rafraîchissante, d’appréhender tous les fondamentaux sur l’exercice de la VSM, mais sans doute plus largement encore sur l’approche Lean à qui l’on doit cet atelier.

La métaphore trouve évidemment ses limites si on cherche dans le détail et qu’on la pousse dans ses retranchements. Mais là n’est pas réellement le but de l’exercice. L’objectif de ce format d’atelier consiste davantage à rendre concret un exercice qui inquiète encore beaucoup les gens que j’accompagne, de par son apparence dense et foisonnante. En proposant cet exemple de la vie courante, qui parle à chacun, on permet aux participants d’oser croire qu’ils sont tout à fait capables de faire et de s’améliorer, également dans leur contexte professionnel.

Pour l’anecdote, les C-Level précités ont tout compris à la VSM, quant à son intérêt sur le fond et sur comment transposer l’exemple pour en mettre une en place sur leur contexte professionnel. Nous avons certes orientés beaucoup les choix, par souci de temps, mais chacun a pu apporter sa contribution, notamment sur les coûts et bénéfices, mais aussi sur les critères de sortie. Ils ont pu appréhender ce qu’est un système au sens kanbanoù commence et où s’arrête la propriété, où nous pouvons agir, la portée et les objectifs du système (le cadre en kanban). Nous avons aussi introduit l’idée de poser des règles explicites et les visualiser (encore du kanban). La projection dans la vie quotidienne, dans le cadre d’une expérience que beaucoup de gens connaissent, a permis de faire tomber les barrières initiales liée à la peur en introduisant le ressort de l’humour. La VSM, outils de communication, outil de visualisation, outil d’alignement et premier pas vers un kanban ? Un bon début pour un atelier d’une petite heure. C’est ainsi que ces participants, émérites voyageurs dans leur cadre professionnel, ont pu l’analyser. Même si pour eux, la terre est ronde, pour une seule bonne raison : après avoir fait le tour du monde, tout ce qu’ils veulent, c’est être à la maison… Merci à Orelsan pour sa source d’inspiration, sans cesse renouvelée.

La prochaine fois, je vous parlerai d’un grand moment d’humanité, les courses alimentaires chez Auchan. Et croyez moi. Vous êtes déjà plus agiles que vous ne le pensez.

Leadership et Dynamique de groupe dans une transformation (agile, mais pas que)

Disclamer

Si vous n’avez pas vu ma conférence sur la structuration du temps et la dynamique de groupe en analyse transactionnelle à l’échelle à Agile France et à la Xebicon (ou encore en meet-up) cette année, vous risquez d’être éventuellement perdus. J’ai déposé le support de cette présentation dans un précédent article. Cela vous permettra de raccrocher les wagons, notamment sur les aspects de structuration du temps (des mécanismes psychologiques). Vous avez la flemme ? Alors simplement, les icônes suivantes correspondent à ceci :

  • Si vous voyez une icône téléphone : cela correspond au degré de structuration du temps en AT de premier degré : en simple ? On ne rentre pas en contact avec l’autre.
  • Si vous voyez une icône Hello : cela correspond au degré de structuration du temps en AT de second degré : en simple ? On se dit juste bonjour / au revoir – on parle de rituels sociaux.
  • Si vous voyez une icône tasse à café : cela correspond au degré de structuration du temps en AT de troisième degré : en simple ? On badine à la machine à café sans objectif précis.
  • Si vous voyez une icône rugby : cela correspond au degré de structuration du temps en AT de quatrième degré : en simple ? On fait une activité avec un objectif précis ensemble.
  • Si vous voyez une icône pions d’échec : cela correspond au degré de structuration du temps en AT de cinquième degré : en simple ? On joue à des jeux psychologiques, autrement dit, des manipulations émotionnelles. (Et rassurez-vous, vous êtes déjà un très grand joueur. Nous le sommes tous !)
  • Si vous voyez une icône poignée de mains : cela correspond au degré de structuration du temps en AT de sixième degré : en simple ? On est dans la réelle collaboration, la confiance et l’authenticité.

Je vous avais tout de même dit que cela allait être compliqué !

Sur les schéma suivants, j’ai aussi schématisé la courbe de vie d’un groupe. De sa naissance (icône bébé), en passant par son enfance (icône enfant faisant du vélo), son adolescence (icône skateboard), sa maturité (icône consultants à la Défense), et enfin sa fin (icône tête de mort). Car oui, tout groupe devrait avoir vocation à cesser un jour, une fois l’objectif pour lequel il a été crée, atteint.

C’est bon, on peut y aller ?

Lorsqu’on parle de transformation d’entreprise, en réalité de quoi parle-t-on ?

Tout d’abord, au commencement, un sentiment d’urgence occasionne la volonté de changer. On parle de transformation, des méthodes, des processus, mais surtout des individus et finalement de la culture. Quelle place donner alors au management, généralement en charge du leadership? Pour comprendre le leadership, il faut comprendre la dynamique de groupe et son processus d’ajustement ( qui prend du temps!). En cela, le modèle de Tuckman et l’analyse transactionnelle abordent la dynamique de groupe de manière très proche. Enfin, il arrive que la transformation ne réussisse pas. Que le groupe ne fonctionne pas. Pourquoi? J’ai eu envie de faire des petits schémas que je vous partage. Et d’en piquer un à Bloculus. Je ne détaillerai pas exhaustivement tout cela par écrit, une fois n’est pas coutume ! (Ceci est un challenge personnel).

Le changement, ce long voyage…

Kubler Bloculus.png

Sur ce petit schéma qui reprend la courbe du deuil de Kübler Ross, je me suis permise d’ajouter les actions souhaitables à mener par le leader (et/ou le facilitateur), de sorte à rendre le voyage le moins pénible possible. (Aligner, Communiquer, Motiver, Développer les compétences, Partager le savoir).

L’ennui lorsqu’on entreprend une démarche de transformation, c’est qu’on omet souvent un point crucial. Faire de l’agilité ne signifie pas être agile. Au commencement, nous assisterons donc à des changements de méthodes, mais la structure cognitive des individus ne s’adapte assurément pas à la même vitesse. Finalement, les dernières choses qui finissent par bouger s’avèrent être les croyances et les valeurs. Ce n’est qu’à ce stade que nous pourrons alors espérer assister à un changement culturel au niveau du groupe de l’entreprise. Alors en résumé? Soyez patients.

En quoi le leadership joue-t-il un rôle crucial ?

Leadership.png

J’aimerais ajouter du texte, mais je tiens à réussir mon pari de n’écrire que le minimum vital. Il faudra se contenter de ce petit schéma.

Et si nous (re) parlions de dynamique de groupe en analyse transactionnelle à l’échelle ?

Structuration de groupe en AT

Ici, les étapes d’évolution d’un groupe selon l’AT. Si vous avez lu le disclamer, vous devriez être plus sereins. En AT, on parle d’imago, autrement dit, de « perception » qu’un individu a d’un groupe à un instant T. Plus le temps passe, plus l’individu peut « ajuster » ses croyances face à la réalité du groupe. Et plus il le fera d’ailleurs, plus il sera dans l’appartenance. On parle de processus d’ajustement. Et là encore, il convient d’être patient. La phase 4 de collaboration ne se fait pas immédiatement.

Et le modèle de Tuckman, qu’est-ce donc ? Comment situer le rôle du leader sur ce modèle?

Tuckman

En regardant le modèle de productivité de Tuckman, on constate que les étapes ressemblent étrangement à celles proposées par l’Analyse Transactionnelle à l’échelle. On passe par quatre phases ( constitution du groupe, tension dans le groupe, normalisation, et enfin production) pour arriver à la fin du groupe (dissolution).

A chaque étape, comme pour la courbe du deuil vue plus tôt, le leader (et/ou le facilitateur) peut mettre en oeuvre des moyens pour accompagner ce processus.

Mais alors, est-il possible de mélanger les deux? Tout est possible !

Tuckman et AT

Et en fait, voila, tout ça pour ça, les deux modèles se marient très bien. Je suis ravie. J’ai peut-être des joies simples (?).

Et quand ça ne marche plus selon l’AT en conservant les phases de Tuckman?

dysfonctionnement AT Tuckman

Je reprends ici une grille d’analyse empruntée à Gilles Pellerin, coach en analyse transactionnelle en entreprise. Celui-ci constate que les groupes qui font face à des dysfonctionnements ont tendance à repartir en sens inverse sur les étapes précitées (imago provisoire, imago adaptative, imago opérative et imago secondaire, toutes corrélées à des degrés spécifiques de structuration du temps).

L’activité perdure mais la confiance est rompue – icône main barrée. S’en suit alors l’étape Jeux psychologiques, puis l’étape Passe-Temps / Machine à café, puis l’étape rituels / bonjour au revoir et enfin l’étape retrait / rupture de la communication / Téléphone portable.

Dans la suite de cet article, je propose très rapidement de regarder les causes racines de ce processus dysfonctionnel. Pourquoi revient-on à des étapes de jeux psychologiques, de cafés/ passe-temps excessifs ou encore de rituels et retraits outranciers ?

Des causes racines possibles à explorer

Des jeux psychologiques? Peut-être que la Transformation est en cause

Dysfonc Transfo

Des passe-temps excessifs? Peut-être que l’Organisation est en cause

Dysfonc orga

Des rituels excessifs et du retrait? Peut-être que le Leadership est en cause

dysfonc leadership

Voila, c’est terminé pour cette fois. Sentez-vous libre de réutiliser ces images, sous réserve d’avoir la gentillesse de conserver mon copyright.

Kiss Série – épisode 1 : Le Story Mapping

Article publié pour le blog de Xebia #Agilité

Keep It Simple and Stupid. Chacun connaît l’acronyme du baiser. Et pourtant … Simplicité ne saurait s’apparenter à bêtise. C’est même tout l’inverse. “La simplicité est la sophistication suprême.” Léonard de Vinci.

Dans cette série d’articles, je vous propose de revenir sur des bases, des ateliers et outils agiles connus de tous, mais sous un format accessible, empreint de quotidien et de bon sens. Pour expliquer simplement les choses et donner à chacun le loisir de comprendre. L’intelligence, “inter” et “ligare” pour la racine latine, faire du lien entre. Car c’est bien de cela dont il s’agit : faire du lien entre ce que chacun sait, connaît, entrevoit, déjà dans sa vie personnelle et ce qu’il ou elle vit ou expérimente dans le monde professionnel. Un fossé en apparence : si peu en réalité.

Bon voyage !

Au menu ? Le story mapping

Lorsque j’ai commencé à former des équipes sur l’atelier incontournable du story mapping, je me suis heurtée à une vieille amie. La Peur. Les gens se trouvaient démunis et dans l’incapacité de faire des propositions. La plupart pensaient devoir fournir immédiatement des solutions, des fonctionnalités, et n’avaient pas la moindre idée de comment y parvenir. Le mot de “mapping” leur faisait peur, l’explication du déroulé n’arrangeait rien à l’affaire. L’abstraction était trop grande.

Avec mon ami coach, Gaël Rebmann, nous avons eu alors cette idée, simple, inspirée de Jeff Patton, que j’ai depuis raffinée et travaillée formation après formation, de sortir du cadre professionnel.

Le projet que je propose à mes participants se résume en une phrase (ou presque !)

Vous êtes vous-même. (And you are beautiful no matter what they say!).

Vous êtes dans votre situation familiale réelle (marié, célibataire, avec ou sans enfants etc.), vous avez vos loisirs, vos habitudes, des animaux de compagnie, des routines quotidiennes.

Aujourd’hui, pour le besoin de cet exercice nous allons imaginer que nous sommes chacun acteur d’un projet commun qui est le suivant : entre le moment où vous vous réveillez le matin et le moment où vous allez passer le pas de la porte pour aller travailler, vous avez deux heures.

Alors, qu’allez vous faire de ces deux heures ?

Acte 1. Récolter toutes les idées : éloge de la liberté

À ce stade, les participants lancent des idées plus ou moins précises, que je tente toujours de détailler, découperAinsi, lorsqu’un participant me lance “je déjeune”, je demande des précisions : parle-t-on d’un simple café, ou bien de tartines grillées, beurrées avec confiture ?

Les propositions, au départ systématiquement timides, commencent à fuser. Certains décident de prendre le temps d’un shampoing, qui appelle en général un brushing pour une partie de l’audience. Les sportifs proposent un jogging ou du yoga. Souvent à cette étape, les parents se souviennent (parfois non sans angoisse, je dois le dire !) qu’ils ont des enfants et listent alors minutieusement ce qu’il convient de faire pour préparer leur progéniture, en fonction de l’âge de celle-ci (et la liste est longue).

Les propriétaires d’animaux trouvent avisés de ne pas laisser le chien, affamé, sans sortir faire un petit tour, par égard pour le tapis Ikéa. Ainsi, le mur se remplit, avec concomitamment des échanges intéressants entre les profils divers dans la salle. Mais à ce stade, toutes les propositions sont bien accueillies dans la mesure où tout est accepté et qu’on dispose d’un temps jugé très long pour le projet qui vise à se préparer.

Acte 2. Regrouper les idées : le moment du doute

Je propose alors de regrouper toutes ces idées par « activités » / « thèmes ». On retrouve généralement les mêmes d’une session à l’autre, et ces thèmes se déclinent souvent ainsi : Hygiène, Beauté, Habillement, Alimentation, Gestion de la Maison, Gestion des enfants, Gestion des animaux, Administratif, Loisirs … À cette étape, les participants sentent bien que certains thèmes sont déjà plus incontournables que d’autres au regard de notre projet consistant à aller travailler. Cependant, à l’aune du prisme de chacun, il est toujours amusant de constater que l’importance est, quoi qu’il en soit, un concept extrêmement subjectif. J’ai vu des échanges musclés entre une personne soucieuse de mettre son anti-cernes face à un participant qui suggérait de simplement se brosser les dents et filer … ! L’anti-cernes a d’ailleurs finalement eu gain de cause, pour l’anecdote.

Acte 3. Macro estimation des tâches : La chasse au biais cognitif optimiste

Afin de vérifier que nous sommes dans les temps des deux heures octroyées initialement, je propose de macro estimer l’ensemble de ce que nous avons listé. Je suggère d’utiliser des tailles de t-shirts pour estimer les différentes tâches. (Pour les plus avisés, vous noterez ici qu’il s’agit d’un exercice qu’on appelle tantôt Magic Estimation, tantôt Extreme Quotation dans la littérature).

Je commence par demander aux participants de repérer la plus petite tâche de notre ensemble.

En général, le brossage de dents se voit identifié comme une taille XS, là où se réveiller, de par son caractère hautement aléatoire à forte incertitude, sera souvent vu comme S ou M … !Ensuite, je fais une petite entorse aux points relatifs car le but s’avère ici de faire comprendre la macro estimation. Ainsi, les participants s’entendent sur des temps, tels que, par exemple, XS équivalent à une tâche de moins de 5 minutes, S équivalent à une tâche de 6 à 10 minutes, M équivalent à une tâche de 11 à 20 minutes, l’équivalent à une tâche de 20 à 30 minutes et au delà de 30 minutes, une tâche considérée comme XL.

Souvent, à ce stade, les deux heures ne suffisent déjà pas à contenir toutes les propositions faites. Cependant, on assiste aussi à un optimisme collectif sur les estimations. Ce n’est que par le questionnement qu’on arrivera à mettre des estimations réalistes, car a-priori tout le monde s’accorde à dire spontanément qu’une machine à laver se fait en 30 secondes et que repasser trois chemises ne prend guère davantage. Pourtant, interrogés individuellement, les gens auront tendance à revenir à des temps plus réalistes, au regard des aléas possibles dans le réel. La salutation au soleil ou le repassage seront donc généralement repoussés au week-end prochain. Ou découpés à nouveau pour ne garder que la posture du tigre (il semblerait que cela soit alors un S) et le repassage d’une paire de chaussettes (dans mon cas, avec l’aléa chat qui joue avec le fer à repasser, on reste tout de même sur une tâche M).

Acte 4. Mise à jour du triangle : périmètre / temps / effectif. Le temps des crispations …

Ma cruauté peut alors se déployer ouvertement. Alors que nous étions parvenus en général à un consensus, je propose de corser encore davantage l’affaire, en annonçant que le temps vient subitement de passer de 2 heures à … 30 minutes. Il va falloir être intraitables sur les tâches que l’on entend mener durant ce laps de temps jugé comme dérisoire. Et là, chacun peut alors apprécier les joies des négociations entre parties prenantes n’ayant pas forcément les mêmes priorités !

Certains participants ont ainsi pu considérer qu’en 30 minutes ils n’avaient pas le MVP – autrement dit, le suffisant de dignité pour sortir, non pas en production comme dans l’informatique, mais simplement de chez eux. Je joue alors le rôle de leur responsable hiérarchique, mais il m’est arrivé de me confronter à de véritables mutineries, où les gens préfèrent poser une RTT que sortir en l’état. Pas de compromis sur la qualité ? Pourquoi pas ! Pour les autres, je constate que nourrir le chien est rarement une priorité et que les enfants peuvent aller en simple manteau à la crèche en plein mois de décembre, tandis que le maquillage est rarement retiré de la liste quelle que soit la saison.

Acte 5. De la conclusion que j’en tire

Je joue cet atelier depuis maintenant deux ans, régulièrement. Avec le temps, je l’ai étoffé, arrangé, rendu plus vivant, fait tenir entre 45 minutes et une heure. Cependant, sur le fond, ce qui plaît ici aux participants est simple : sa simplicité de compréhension. Ainsi ai-je entendu des verbatim comme « j’ai tout compris, je me sens intelligent, l’agilité en fait, ce n’est pas inaccessible vu comme ça« , ou encore « je ferai un bon product owner, je le fais déjà à la maison !« , ou bien « finalement, c’est beaucoup de bon sens !« .

Si on lit attentivement entre les lignes, on constate que pourtant, tous les ingrédients de la recette du story mapping sont bien présents. Il suffira de tirer les liens de la métaphore.

Quels sont les enseignements à en tirer ? Aligner tout d’abord toutes les personnes présentes. Dans le monde de l’IT, « toutes » signifie aussi bien les fonctionnels, les techniques, les architectes, que les utilisateurs. Aligner également toutes les visions, en se mettant d’accord sur des priorités communes, sur ce qui est incontournable tout de suite (le fameux MVP) et ce qui peut souffrir d’attendre encore un peu. Très modestement et sans souffrance, cet atelier de story mapping permet à chacun de savoir créer le squelette de son backlog futurCouplé par la ruse à une Macro Estimation, il permet d’enseigner de surcroit une autre bonne pratique. Il montre enfin la force d’un management visuel évolutif dans le temps, qui se constitue avec de simples post-it.

J’en terminerai enfin par ceci. Toutes les phrases précitées plus haut me touchent. Car elles disent une chose importante : la peur recule. Et quand la peur recule, c’est alors un possible vers un changement, réel, des individus.

La prochaine fois, je vous explique la Value Stream Map, tout aussi simplement.

story map project2

Dynamique de Groupes et Structuration du Temps : la théorie organisationnelle de Berne, une autre approche agile.

Les individus et leurs interactions, plus que les processus et les outils. Voila, une fois encore, l’idée, aussi simple que fondamentale, qui m’animait lorsque je me suis décidée à soumettre, sans trop y croire, mon CFP à Agile France cette année, avec pour ambition de donner ma première conférence, sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur: l’analyse transactionnelle. L’humain, au commencement et pour finir. L’humain malgré tout, l’humain, par dessus tout.

L’audace et le courage s’avèrent être des ressources plus largement partagées qu’on ne le pense communément. Mon sujet a été retenu et présenté le mois dernier à Agile France 2018, devant un public nombreux et enthousiaste, auquel, à nouveau, je ne m’attendais pas. Hier, je rejouais donc ce sujet lors d’un meet-up à la maison, chez Xebia, devant un public encore considérable et généreux, avec le soutien du groupe meet-up Scrum.fr et ma collègue Kathleen Cardoso, aux manettes de cette organisation soigneusement menée.

Par delà la satisfaction personnelle, que je ne cacherai pas, de voir un sujet qui me concerne, intéresser peu à peu autant de gens, je retiens une chose. Et cette chose s’appelle l’Espoir. A l’heure où les technologies, les processus, les outils se propagent, il est parfois possible de s’interroger quant à la captivité de l’homme, pris au milieu de ces artefacts. Et pourtant. Il y a résistance, il y a courage, il y a créativité, il y a questionnement, il y a élan, il y a partage. Il y a ces femmes et ces hommes, aux profils professionnels pourtant variés, mais qui sont venus me voir avec toutes et tous la même volonté : considérer l’humain avant tout le reste. Donner une chance au partage et à la bienveillance, pour revenir à l’humilité de l’essentiel. Et pourquoi pas, ensemble.

Me revient en mémoire l’estampe d’Odilon Redon, le Pégase Captif. L’Homme emprisonnant le cheval venu du ciel, laissant à se demander qui de l’homme ou de l’animal s’avère en réalité être le plus prisonnier.

Par les questions des gens qui sont venus me voir et m’écouter, leurs regards, leurs réflexions, nos interactions, je demeure plus que jamais convaincue que l’humanité persiste et que l’individu demeure premier. C’est assurément un combat de tous les jours, mais nous sommes Légion.

Pégase Captif