Tenir la distance… [Agilité et Course à pied]

 

anso victory

Quand la course à pied rattrape l’agilité, et si on acceptait de souffler un peu?

Un rythme soutenable condamne-t-il à une cadence routinière?

Lâchez vos calculs et vos KPI, le temps presse à ralentir et changer de route.

Ludo timelapse 2

La Vélocité Agile : Une définition courbaturée

Dans son appréhension littéraire, la vélocité se définit simplement comme une grande rapidité de mouvement.

En physique, on l’entend cependant comme la combinaison de la notion de vitesse et celle de direction d’un mouvement, par opposition à la vitesse pure, qui ne comprend pas la direction. Une souris sous acide qui va à 20 km/h a établi sa vitesse. Si elle va à 20 km/h vers l’ouest, elle a une vélocité.

On perçoit alors la subtilité entre vélocité et rapidité à l’aune de la cible à atteindre. Les articles sur la vélocité sont certes bien nombreux, mais peu font totalement état de cette idée de but, voire d’intention, qui me semble pourtant correspondre assez judicieusement à la philosophie agile.

On parle volontiers du nombre de “points” réalisés par une équipe sur une itération, un “sprint”, une période de temps donné. On jauge alors les kilomètres parcourus en une heure et on parle de point d’effort.

Utilisé comme KPI dans le meilleur des cas, comme un calcul de productivité dans le pire, la vélocité éprouvée au sein d’une équipe de développement provoque souvent des crampes et manque de souffle.

Je vous proposerai donc aujourd’hui un sujet plus personnel qui fait écho à mon ancienne activité de marathonienne et de coach en course à pied.

coupure shoot

Quelques définitions barbares

La consommation d’oxygène d’une souris, tout comme celle d’un être humain, varie en fonction de l’intensité de l’effort. A la faveur de nombreux facteurs, cette consommation ne peut augmenter à l’infini. Pour chaque individu, il existe une intensité au delà de laquelle la consommation ne progresse plus. L’individu atteint alors sa consommation maximale d’O2. C’est ce qu’on appelle en course à pied la VO2max, qui peut-être associée à une vitesse de course qualifiée de Vitesse Maximale Aérobie, la très fameuse VMA tant précieuse pour les calculs d’apothicaire auxquels se livrent tous les coureurs pour fixer leurs objectifs sur longues distances. La VMA est donc la vitesse de course à laquelle le coureur atteint sa consommation maximale d’O2 et s’interroge alors silencieusement – mais non sans souffrance– sur la pertinence de son engagement. C’est un index d’aptitude aérobie permettant d’être un indicateur de performance: c’est un KPI (Key Performance Indicator).

On considère qu’en moyenne, par l’entraînement, la VO2 Max pourra augmenter de 15% à 25%. Plus la VMA est élevée, plus le coureur sera capable de tenir à des vitesses élevées avant d’atteindre sa VO2 max.

anso timelapse

Mais où veut-elle nous emmener ?

Si vous n’avez rien compris à cette explication, sachez que la plupart des coureurs débutants n’y entendent rien non plus. Pour tenter de clarifier cependant: la fréquence cardiaque maximale (FCM) est souvent atteinte lors de séances spécifiques durant lesquelles les efforts se font à des allures encadrant cette VMA. Pour vous donner une idée encore plus précise, dans ma meilleure période d’entraînement, je tournais à 16,5 de VMA ce qui me donnait une capacité de course (hypothétique, mais effectivement constatée dans le réel) de 44 minutes sur 10 kilomètres, 1H38 sur semi- marathon et 3H30 sur marathon.

Là où le lecteur adepte de la méthode Agile y verra peut-être un parallèle intéressant, c’est que la VMA détermine une allure de course aérobie maximale qu’on ne tient en général que 6 minutes à 12 minutes selon les méthodes de tests. Plus les efforts sont longs, plus les études montrent qu’on tient à un pourcentage variable de cette vitesse. Pour augmenter cette VMA, il faut courir à des allures proches de celle-ci, mais comme l’on ne peut tenir longtemps, on pratique alors des séances de fractionnés, soit une alternance de courses rapides autour de la VMA avec des temps de récupération à vitesse très lente. Ce n’est qu’ainsi qu’on arrive à travailler à haute intensité sur des temps plus longs, cumulés, que si l’on courait à VMA continue.

anso face hurt run

Accélérer, Ralentir, Respirer

Evidemment, dans notre réalité professionnelle, il semble inaudible de tirer le parallèle avec la course à pied et de préconiser à une équipe de réalisation de ralentir, pour lui éviter de générer du déchet, à l’image du coureur produisant de l’acide lactique à trop haute intensité. On prône alors évidemment un rythme soutenable, mais ce faisant, le terme sprint est dévoyé : l’équipe fait du jogging en souhaitant uniquement finir le marathon dans un temps prédictible mais pas considérablement amélioré. Ainsi ira-t-elle souvent au bout, mais éventuellement moins vite et moins efficacement que si nous pouvions envisager l’idée de lui accorder des cycles d’accélération et de ralentissement clairement admis.

J’ai eu la chance de suivre une équipe durant une année qui a pourtant adopté ce rythme naturellement après des débuts relativement difficiles. Les premiers temps furent compliqués. Le product owner considérait que l’équipe n’était pas prédictible, tandis que le manager cherchait à contrôler via le burn down tous les signes qui pourraient lui indiquer d’où venait la faille pour y remédier au plus vite. Ce n’est qu’après dix à douze sprints que la moyenne d’efforts réalisables par sprint a pu réalistement être calculée et les résultats être effectivement évalués. Or, et contre toute attente, cette équipe a non seulement produit davantage que les autres équipes du projet- pourtant plus linéaires- mais elle a également fourni des incréments de meilleure qualité.

Les sprints de ralentissement se sont mués en sprints de respiration durant lesquels les membres de l’équipe ont pu laisser libre court à leur créativité. Ceux-ci ont pu, par exemple, travailler sur un POC en parallèle du projet pour anticiper un objectif DSI plus lointain, ou adresser des tâches purement techniques visant simplement à appréhender mieux des technologies qui leur tenaient à coeur de sorte à anticiper de futurs challenges sur le projet. Revenus sur le sprint d’accélération, ils montraient des signes de motivation, et par conséquences, d’efficacité qui a fait grimper la “vélocité” jusqu’à obtenir une capacité à délivrer supérieure de 20% aux autres équipes du projet.

anso follow julien close

Le pouvoir de l’action

Une fois tout cela dit,il m’apparaît deux conclusions.

La première est que la plupart des calculs n’ont d’autres vocation qu’à nous rassurer sur notre capacité à faire, ou justifier notre incapacité présumée à échouer. Mais de la même manière qu’un test de VMA n’indique qu’une situation théorique à un moment figé et ne présage en rien de notre potentiel réel, les calculs de vélocité “agile” s’avérent, bien plus longtemps qu’on ne l’admet souvent, une estimation floue qui oublie de nombreux facteurs susceptibles d’impacter sur la performance réelle d’une équipe.

La seconde et dernière observation est, qu’à l’instar de la préconisation face à une situation chaotique, l’attitude la plus judicieuse à adopter consiste souvent à simplement faire. Comme le coureur qui compte et recompte ses estimations sur longues distances avec ses VMA et FCM, l’unique moment qui importe vraiment est pourtant celui où il chausse ses baskets, l’unique “outil » de qualité sur lequel il devrait à mon sens investir, pour aller courir. Et encore. Le courant minimaliste invite à courir pieds nus…

Quoi qu’il en soit, le constat demeure.

On ne termine pas un marathon en théorie. On le termine dans le réel. Avec son élan intérieur, en ayant essayé un nombre considérable de techniques à l’entraînement, parfois pertinentes et efficaces, parfois décevantes et vaines, tout en restant à l’écoute active de ses moments de découragement avec bienveillance.

Courir en côte, partir en extérieur pour devoir s’adapter au changement de terrain, courir sous la pluie, de nuit, à 6h du matin ou à 23h le soir, seul ou en groupe. Courir. Faire, au plus tôt, plutôt que de s’assurer de tout prévoir, agir puis s’adapter, échouer puis recommencer autrement, essayer différemment. Trouver sa voie, taper des murs.

Et enfin, courir longuement, hors des sentiers battus.

chaussures

Remerciements Crédit Photos Emmanuel Zerdoun, tous droits réservés. 

4 réflexions sur “Tenir la distance… [Agilité et Course à pied]

  1. Pingback: Un Sprint n’est pas un sprint – Les Solutions Agiles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s